Plombémie : comprendre les repères et leurs limites
La plombémie mesure le plomb présent dans le sang. Voici comment lire les repères cités par l'OMS, l'EFSA et la Suva, sans les interpréter seul, et quel rapport ils ont avec votre bâtiment.
Mis à jour le 3 novembre 2026 · sources en fin de page
Guide- Ce que c'est
- Le dosage du plomb dans le sang, exprimé en microgrammes par litre ou par décilitre
- Qui l'interprète
- Un médecin, jamais le propriétaire ni la régie
- Lien avec le bâtiment
- Indirect : la plombémie décrit une personne, le diagnostic décrit un lieu
- Déclaration clinique fédérale
- Le plomb n'y est pas nommé (Ordonnance du DFI, RS 818.101.126, état au 06.05.2026)

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Décrire mon bâtimentCe que désigne le mot « plombémie »
La plombémie est la concentration de plomb mesurée dans le sang d'une personne. Le mot revient dès qu'on parle de saturnisme, de peintures anciennes, de poussières de chantier ou de conduites en plomb. Il est souvent associé à une inquiétude, parfois à un chiffre lu sur un document, et c'est précisément ce chiffre qui pose problème quand on le sort de son contexte.
Cette page n'a pas pour but de vous apprendre à lire une prise de sang. Elle explique à quoi servent les repères que citent les organismes officiels, pourquoi ils ne se comparent pas entre eux, et ce que la plombémie peut ou ne peut pas dire d'un bâtiment. Elle ne remplace en aucun cas l'avis d'un médecin : si vous vous interrogez sur la situation d'une personne, en particulier d'un enfant ou d'une femme enceinte, c'est votre médecin traitant ou le médecin cantonal qu'il faut consulter.
Le site que vous lisez met en relation avec un spécialiste du diagnostic de votre région. Il ne réalise aucun dosage, aucun diagnostic et ne pose aucun jugement sur la santé de quelqu'un. Son rôle est de vous aider à comprendre où le plomb peut se trouver dans un bâtiment et à demander un diagnostic adapté.
Deux questions qu'il faut séparer
Quand le plomb est évoqué, deux questions très différentes se mélangent souvent.
- La première concerne une personne : quelle quantité de plomb son organisme a-t-il absorbée ? C'est l'objet de la plombémie, qui relève de la médecine.
- La seconde concerne un lieu : y a-t-il du plomb dans les peintures, les poussières, les canalisations ou la robinetterie d'un logement ou d'un immeuble ? C'est l'objet d'un diagnostic du bâtiment, réalisé par un spécialiste qui repère, prélève, puis fait analyser.
Un résultat de plombémie ne dit pas d'où vient le plomb. À l'inverse, un diagnostic de bâtiment ne dit rien de l'état de santé de ses occupants. Les deux démarches se complètent, mais aucune ne remplace l'autre. Les mélanger conduit à deux erreurs fréquentes : croire qu'un bâtiment est sans plomb parce que personne n'a fait doser son sang, ou croire qu'une personne est touchée parce qu'on a trouvé une vieille peinture.
Les repères cités, et ce que chacun vise
Plusieurs institutions publient des repères exprimés en concentration de plomb dans le sang. Ils n'ont pas la même fonction : certains servent à déclencher une réflexion de santé publique, d'autres à protéger des travailleurs exposés, d'autres encore à évaluer un risque pour la population à partir de la nourriture. Le tableau ci-dessous les présente par objet, sans valeur à interpréter soi-même.
Le repère d'action de l'OMS
L'Organisation mondiale de la santé retient une plombémie de 5 µg/dL (soit 50 µg/l) comme repère d'action. Un repère d'action n'est ni un seuil de toxicité, ni une frontière entre « sain » et « malade » : c'est un niveau à partir duquel les autorités sanitaires jugent utile d'agir, par exemple en recherchant la source d'exposition. Notez la différence d'unité : l'OMS exprime ce repère en microgrammes par décilitre, alors que d'autres textes utilisent des microgrammes par litre. Un chiffre lu sans son unité peut donc être lu dix fois trop grand ou dix fois trop petit.
Le seuil critique de l'EFSA, relayé par l'OFSP
L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a retenu un seuil critique de 13 µg/l, relayé en Suisse par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). L'EFSA raisonne à partir de l'alimentation : son travail consiste à estimer à partir de quel niveau une exposition par la nourriture devient préoccupante pour une population. Ce seuil ne désigne pas un niveau de sang qu'on pourrait attribuer à un bâtiment, et il ne se confond pas avec le repère de l'OMS, qui répond à une autre question.
L'OFSP rappelle par ailleurs que l'absorption digestive du plomb peut atteindre jusqu'à 50 % chez les petits enfants. Cette précision explique pourquoi les autorités accordent une attention particulière aux jeunes enfants : leur organisme absorbe une part plus importante du plomb ingéré, par exemple lorsque des poussières se retrouvent sur les mains, les jouets ou les objets portés à la bouche.
Les valeurs biologiques de la Suva
La Suva et la Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail (EKAS) fixent, pour les personnes exposées au plomb dans leur activité professionnelle, une valeur biologique tolérable (VBT). Selon la communication de l'EKAS, la valeur actuellement en vigueur est de 400 µg/l de sang pour les hommes et les femmes de plus de quarante-cinq ans, et de 100 µg/l de sang pour les femmes de moins de quarante-cinq ans.
L'EKAS annonce aussi une valeur biologique de 150 µg/l de sang, au plus tard au 1er janvier 2029, ainsi qu'une recommandation de 45 µg/l pour les femmes en âge de procréer. Ces valeurs sont annoncées : tant qu'elles ne sont pas adoptées, ce sont les valeurs actuelles qui font foi. La communication de l'EKAS est citée en fin de page.
Ces valeurs concernent le monde du travail : elles encadrent la surveillance médicale de personnes qui manipulent du plomb, par exemple sur un chantier. Elles ne sont pas faites pour qualifier la situation d'un occupant de logement, et un propriétaire ou une gérance ne peut pas s'en servir pour trancher quoi que ce soit sur la santé de quelqu'un.
Pourquoi on ne compare pas ces chiffres entre eux
Il est tentant de poser les valeurs côte à côte et de conclure que l'une est « plus stricte » que l'autre. Cette comparaison est trompeuse, pour trois raisons.
- Elles ne répondent pas à la même question. L'un vise la santé publique, l'autre l'alimentation, le troisième la protection au travail.
- Elles ne visent pas les mêmes personnes. Une valeur pensée pour des adultes exposés par leur métier n'est pas transposable à un enfant, ni l'inverse.
- Elles n'ont pas le même statut. Un repère d'action, un seuil d'évaluation et une valeur de protection au travail n'ont ni la même portée ni les mêmes conséquences.
Ajoutez à cela les unités différentes, et vous comprendrez pourquoi l'interprétation d'une plombémie est un acte médical. Le médecin tient compte de l'âge, de la situation, des circonstances du prélèvement et de l'évolution dans le temps. Aucun tableau n'en tient lieu.
Le plomb dans les textes suisses : ce qu'ils disent et ne disent pas
Deux constats tirés des textes fédéraux étonnent parfois.
D'abord, l'ordonnance du DFI sur la déclaration d'observations cliniques (RS 818.101.126) ne contient, dans son texte entier, aucune occurrence des mots « plomb » ou « saturnisme » (état au 6 mai 2026). Autrement dit, le saturnisme n'y figure pas comme observation clinique à déclarer. Ce constat décrit un texte précis : il ne dit rien sur l'existence ou l'absence de cas, ni sur ce que font les médecins cantonaux dans leur pratique.
Ensuite, l'ordonnance sur la protection de la maternité (RS 822.111.52, art. 13) prévoit que les valeurs limites de la liste de la Suva doivent être respectées, mais le plomb n'y est pas nommé (état au 1er juillet 2015). La protection des travailleuses enceintes passe donc par la liste de la Suva, que l'on retrouve avec la valeur limite d'exposition professionnelle.
L'exposition dans l'air : la valeur limite de la Suva
Pour les travailleurs, la Suva fixe aussi une valeur limite d'exposition dans l'air, sur la base de l'article 50, alinéa 3, de l'ordonnance sur la prévention des accidents (OPA). Selon l'EKAS, la valeur moyenne d'exposition (VME) en vigueur est de 100 µg/m³ de poussière inhalable, mesurée en moyenne sur 8 h. Une valeur de 30 µg/m³ est annoncée, « si possible » au 1er janvier 2027 : elle est annoncée, et rien ne permet de la présenter comme adoptée.
Cette valeur illustre bien la distinction faite plus haut. La VME porte sur l'air d'un lieu de travail ; la plombémie porte sur le sang d'une personne. Les deux sont liées chez les travailleurs exposés, ce qui explique que la Suva les suive ensemble, mais c'est un cadre professionnel, pas une grille de lecture pour un logement.
À noter : la page du SECO consacrée aux valeurs VME et VBT ne mentionne pas le plomb. La référence en la matière est donc la Suva.
Ce que cela change pour un propriétaire ou une régie
Un propriétaire, une gérance ou un maître d'ouvrage n'a pas à interpréter une plombémie. Il peut en revanche agir sur ce qui relève de son rôle : connaître son bâtiment, et prévenir les situations où des poussières contenant du plomb seraient produites.
- Connaître l'âge et l'historique du bâtiment. Les peintures anciennes, les boiseries et les conduites sont les premiers endroits où l'on cherche. Vous trouverez les pistes sur la page Le plomb dans les bâtiments, et un angle plus précis sur la peinture au plomb.
- Faire diagnostiquer avant de faire des travaux. Poncer, brûler, souder ou démolir un élément contenant du plomb produit des poussières ou des fumées. La Suva dispose d'une fiche détaillée pour le sablage sur chantier ; elle précise qu'il ne faut pas la transposer au ponçage. Au 3 novembre 2026, la page de la Suva consacrée aux polluants du bâtiment ne présente pas de fiche dédiée au ponçage, au brûlage, à la soudure ou à la démolition avec plomb. Raison de plus pour faire repérer le plomb en amont plutôt que de deviner.
- Ne rien décaper soi-même. Les autorités déconseillent d'intervenir seul sur une peinture suspecte. Un spécialiste sait comment repérer, prélever et protéger les occupants.
- Aborder la question des enfants avec prudence. Le canton de Genève recommande, sans que ce soit une obligation, une remise en état rapide des peintures fortement dégradées dans les logements où vivent de jeunes enfants. La page enfants et plomb y revient.
Pour savoir si votre bâtiment est concerné, l'outil Mon bâtiment est-il concerné ? pose quelques questions simples. Si un chantier est prévu, Quel diagnostic pour mon projet ? aide à choisir la bonne démarche.
Ce qui fait varier un devis de diagnostic
Une plombémie ne détermine pas le diagnostic d'un bâtiment, mais l'inquiétude qui la motive amène souvent à demander un devis. Le site n'affiche aucun prix : le coût dépend de critères que le spécialiste évalue avec vous.
- le type de bâtiment et la surface à examiner ;
- le nombre de pièces ou de logements concernés ;
- l'année de construction et les rénovations connues ;
- les éléments à examiner (peintures, boiseries, conduites, robinetterie) ;
- le nombre de prélèvements et d'analyses nécessaires ;
- l'accès aux lieux ;
- l'urgence d'un chantier prévu.
Le devis est gratuit et sans engagement ; vous le demandez par la page Demande de devis, et la page Comment ça marche décrit la mise en relation.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la plombémie ?
C'est la concentration de plomb mesurée dans le sang d'une personne, à partir d'une prise de sang prescrite par un médecin. Elle décrit une personne, pas un bâtiment.
Qui peut demander une plombémie ?
La prescription relève d'un médecin. Ce site ne réalise aucun dosage et ne peut pas en demander un à votre place. Si vous vous interrogez, parlez-en à votre médecin traitant ou au médecin cantonal.
Quel est le repère d'action de l'OMS ?
L'OMS retient 5 µg/dL, soit 50 µg/l, comme repère d'action. C'est un niveau à partir duquel les autorités sanitaires jugent utile d'agir, pas un diagnostic individuel.
Quelle différence entre µg/dL et µg/l ?
Un décilitre vaut un dixième de litre. Cinq microgrammes par décilitre équivalent donc à cinquante microgrammes par litre. Lire un chiffre sans son unité conduit à des erreurs d'un facteur dix.
Que représente le seuil de 13 µg/l ?
C'est le seuil critique retenu par l'EFSA et relayé par l'OFSP. Il sert à évaluer le risque lié à l'alimentation d'une population. Il n'est pas une limite légale applicable à un logement.
Les valeurs de la Suva s'appliquent-elles à un locataire ?
Non. La valeur biologique tolérable de la Suva et de l'EKAS concerne la surveillance de personnes exposées au plomb dans leur travail. Elle n'a pas été pensée pour qualifier la situation d'un occupant de logement.
Quelles sont les valeurs biologiques de la Suva aujourd'hui ?
Selon l'EKAS, la valeur en vigueur est de 400 µg/l de sang pour les hommes et les femmes de plus de quarante-cinq ans, et de 100 µg/l pour les femmes de moins de quarante-cinq ans. Une valeur de 150 µg/l de sang est annoncée au plus tard au 1er janvier 2029.
Une nouvelle valeur biologique est-elle déjà en vigueur ?
Non. La valeur de 150 µg/l, la recommandation de 45 µg/l pour les femmes en âge de procréer et la VME de 30 µg/m³ sont annoncées, pas confirmées comme adoptées. Les valeurs actuelles restent celles à retenir.
Pourquoi les petits enfants sont-ils davantage cités ?
L'OFSP indique que l'absorption digestive du plomb peut atteindre jusqu'à 50 % chez les petits enfants. Pour toute question sur un enfant, adressez-vous à son médecin.
Le saturnisme est-il une maladie à déclaration obligatoire en Suisse ?
Le texte entier de l'ordonnance du DFI sur la déclaration d'observations cliniques ne contient ni le mot « plomb » ni le mot « saturnisme » (état au 6 mai 2026). Ce constat porte sur ce texte précis. Pour la pratique d'un canton, renseignez-vous auprès du médecin cantonal.
Une plombémie normale prouve-t-elle que mon bâtiment est sans plomb ?
Non. Elle décrit l'état d'une personne à un moment donné, pas le contenu des peintures, des poussières ou des conduites. Seul un diagnostic du bâtiment répond à cette question.
Une plombémie élevée prouve-t-elle que le plomb vient de mon logement ?
Non plus. Le plomb peut provenir de sources variées. Retrouver l'origine d'une exposition demande une démarche médicale et, le cas échéant, un diagnostic du bâtiment ou des canalisations.
Mon eau peut-elle jouer un rôle ?
Les conduites et la robinetterie anciennes peuvent contenir du plomb. La page conduites en plomb explique comment les situer et à qui s'adresser.
Puis-je poncer une vieille peinture pour vérifier ?
Non. Poncer, brûler ou décaper soi-même une peinture suspecte produit des poussières ou des fumées. Les autorités le déconseillent : faites d'abord repérer le plomb par un spécialiste.
Comment faire diagnostiquer mon bâtiment ?
Décrivez votre projet par la page Demande de devis. Nous vous mettons en contact avec un spécialiste du diagnostic de votre région, qui établit un devis gratuit et sans engagement.
Sources
- Ordonnance du DFI sur la déclaration d'observations cliniques (RS 818.101.126), état au 6 mai 2026 : Fedlex
- Ordonnance sur la protection de la maternité (RS 822.111.52, art. 13), état au 1er juillet 2015 : Fedlex
- Ordonnance sur la prévention des accidents (OPA, art. 50 al. 3), valeurs limites d'exposition : Fedlex
- EKAS, communication n° 101 (valeurs limites et valeurs biologiques du plomb, valeurs annoncées) : EKAS
- Suva, polluants du bâtiment (consulté le 3 novembre 2026) : Suva
- Suva, fiche sur les travaux de sablage sur chantier : Suva
- État de Genève, recommandation sur la remise en état des peintures dégradées : ge.ch
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